L'agriculture occitane pèse 17 milliards d'euros : décryptage du premier secteur employeur régional

Elle nourrit la région, façonne ses paysages et fait rayonner l'Occitanie bien au-delà de ses frontières. Avec 17 milliards d'euros de chiffre d'affaires cumulés pour l'agriculture et l'agroalimentaire, le secteur agricole occitan n'est pas seulement un symbole identitaire : c'est un poids lourd économique qui se hisse au rang de premier employeur régional .
Pourtant, derrière ces chiffres impressionnants se cache une réalité plus contrastée. Car si l'Occitanie est la première région agricole de France en nombre d'exploitations, elle reste l'une des plus fragiles financièrement. Alors que l'Agri'scopie 2025, le baromètre annuel des Chambres d'agriculture et de
Cerfrance, vient d'être publié, plongeons dans les chiffres clés qui dessinent le portrait économique de ce secteur vital pour l'Occitanie.
Les chiffres clés : une agriculture aux dimensions hors normes
L'Occitanie affiche des statistiques qui placent sa filière agricole au sommet du classement national :
Indicateur | Chiffre | Rang national |
|---|---|---|
Chiffre d'affaires agricole et agroalimentaire | 17 Mds € | 2ᵉ région |
Nombre d'exploitations agricoles | 64 000 à 65 000 | 1ʳᵉ région |
Surface agricole utile (SAU) | 3,1 millions d'ha | 2ᵉ région (12% de la SAU française) |
Emplois (plein temps équivalent) | 91 000 | 2ᵉ région (13% de la main-d'œuvre agricole française) |
Emplois directs et indirects (filière) | 165 000 | Leader régional |
Part dans l'emploi régional total | 6 % | Premier secteur employeur |
Entreprises agroalimentaires | 9 000 | 21% des effectifs industriels régionaux |
Sources : Agri'scopie® Occitanie 2025 (Chambre régionale d'agriculture / Cerfrance)
À elle seule, l'Occitanie concentre 16,5% des exploitations françaises pour seulement 9% de la valeur ajoutée agricole nationale . Un premier paradoxe qui annonce la couleur : beaucoup d'exploitations, mais une productivité relativement faible par rapport à la moyenne nationale.
Un territoire agricole sous contrainte : 85 % en zone défavorisée
L'Occitanie présente une particularité géographique qui pèse lourdement sur ses performances économiques : 85 % de son territoire est classé en zone défavorisée . Qu'il s'agisse des zones de montagne (Pyrénées, Massif central) ou des zones défavorisées simples, cette classification concerne près de 75 % des exploitations de la région.
Cette réalité a des conséquences directes sur la rentabilité. Les exploitations situées dans ces zones supportent des contraintes climatiques, topographiques et structurelles qui limitent les rendements et augmentent les coûts de production. C'est l'une des raisons structurelles qui explique pourquoi le revenu agricole moyen en Occitanie oscille entre 60 et 75 % du revenu national .
Une diversité filière qui fait la force... et la fragilité
La région se distingue par une extraordinaire diversité de productions, reflet de ses contrastes climatiques et géographiques :
Viticulture : première région viticole de France, avec des AOP et IGP reconnues mondialement (Languedoc, Corbières, Minervois, Pays d'Oc...)
Grandes cultures : blé dur (première région productrice), maïs, tournesol, colza
Fruits et légumes : arboriculture méditerranéenne, maraîchage
Élevage : bovins, ovins (premier bassin ovin français), caprins, volailles
Agriculture biologique : première région bio de France avec 21 % des exploitations engagées
Cette palette variée constitue un amortisseur naturel face aux crises sectorielles. Contrairement à des régions ultra-spécialisées, l'Occitanie peut compenser les difficultés d'une filière par la bonne tenue d'une autre. À titre d'exemple, les grandes cultures et la viticulture ont connu des années difficiles en 2023 et 2024, tandis que les filières animales ont bénéficié de prix plus favorables .
Le paradoxe de la productivité : beaucoup d'exploitations pour peu de valeur ajoutée
C'est sans doute le chiffre le plus emblématique du positionnement agricole occitan : avec 16,5 % des exploitations françaises, la région ne génère que 9 % de la valeur ajoutée agricole nationale . Ce ratio traduit une réalité structurelle :
La taille moyenne des exploitations (49 hectares) est inférieure de 25 % à la moyenne française
La productivité à l'hectare est moins élevée qu'ailleurs
Les charges restent proportionnellement élevées
Les exploitations restent dépendantes des aides de la PAC
C'est ce décrochage productif qui explique, en grande partie, pourquoi les revenus agricoles occitans peinent à rattraper la moyenne nationale. Une situation que la dernière campagne agricole 2024 n'a fait qu'aggraver, marquée par des récoltes médiocres et des conditions de marché défavorables pour les grandes cultures et la viticulture .
L'emploi agricole : premier secteur employeur de la région
Avec 91 000 équivalents temps plein dans l'agriculture et plus de 165 000 emplois en comptant les filières agroalimentaires, l'agriculture occitane devance tous les autres secteurs en termes d'emploi .
Ce chiffre, qui représente 6 % de l'emploi régional total, est d'autant plus remarquable qu'il résiste aux crises. Les industries agroalimentaires comptent à elles seules près de 9 000 entreprises, soit 21 % des effectifs industriels de la région .
Cette vitalité en termes d'emploi contraste pourtant avec une tendance lourde : la diminution constante du nombre d'exploitations. La région perd en moyenne 1,8 % de ses exploitations chaque année, soit près de 4 exploitations par jour . Un rythme d'érosion qui s'est accéléré après 2010 et qui pose la question cruciale de la transmission.
La viticulture : un poids économique considérable mais en crise
La viticulture occitane mérite une attention particulière tant son poids économique est significatif. Première région viticole de France, elle représente à elle seule une part majeure des exportations agricoles régionales.
Mais le constat de l'Agri'scopie 2025 est sans appel : la filière vitivinicole traverse une crise structurelle. Les prix des vins, après une baisse continue depuis le second semestre 2022, ne montrent que des signes timides de reprise . Les viticulteurs occitans subissent de plein fouet la concurrence internationale, la baisse de la consommation intérieure et les aléas climatiques qui fragilisent chaque millésime.
Les données de l'Insee pour 2024 confirment cette tendance : les conditions de marché restent défavorables pour la viticulture, avec des récoltes médiocres et des prix qui ne couvrent pas les coûts de production .
Les mutations du secteur : bio, circuits courts et transformation à la ferme
Face à ces difficultés structurelles, l'agriculture occitane n'en reste pas moins innovante. L'édition 2025 d'Agri'scopie met en lumière plusieurs évolutions positives :
L'agriculture biologique concerne désormais 21 % des exploitations, un chiffre en progression constante
Les circuits courts se développent, renforçant le lien direct entre producteurs et consommateurs
La transformation à la ferme permet aux agriculteurs de capter davantage de valeur ajoutée
Ces évolutions répondent à une double exigence : s'adapter au changement climatique et améliorer la rentabilité des exploitations. L'Occitanie, région particulièrement exposée aux aléas climatiques, a fait de la résilience un enjeu stratégique.
Zoom sur le financement : 1,63 milliard d'euros d'investissements en 10 ans
L'engagement de la Région en faveur de l'agriculture est à la hauteur des enjeux. Sur la période 2015-2025, la Région Occitanie a investi 1,63 milliard d'euros dans le secteur agricole et agroalimentaire . Une somme considérable qui témoigne de la volonté politique de soutenir ce pilier économique.
En 2026, ce soutien se concrétise par la mise en place du Pacte régional pour la souveraineté alimentaire, doté de 16 millions d'euros pour des actions immédiates, visant à structurer les filières et sécuriser les revenus des agriculteurs.
Conclusion : un colosse aux pieds d'argile ?
Avec 17 milliards d'euros de chiffre d'affaires, 165 000 emplois et des milliers d'exploitations, l'agriculture occitane est sans conteste un poids lourd économique. Elle est le premier employeur régional, le premier bassin viticole français, la première région bio, et fait rayonner le territoire bien au-delà des frontières de l'hexagone.
Mais derrière ces chiffres impressionnants, la réalité du terrain est plus fragile. Une productivité inférieure à la moyenne, des revenus agricoles en décalage, 85 % du territoire classé en zone défavorisée, des crises sectorielles qui s'enchaînent : l'agriculture occitane cumule les handicaps structurels.
Les défis à venir sont immenses : assurer la transmission des exploitations (40 % des exploitants partiront à la retraite d'ici 2030), s'adapter au changement climatique, améliorer la rentabilité des filières, et maintenir l'attractivité des métiers agricoles.
Mais ils sont aussi porteurs d'opportunités : le développement des circuits courts, l'agriculture biologique, la transformation à la ferme, et l'innovation variétale sont autant de leviers pour construire l'agriculture de demain : plus durable, plus résiliente, et enfin capable de rémunérer correctement celles et ceux qui la font vivre .
