Chroniques Occitanes

Vidéo virale du GSRI à Montpellier : "milice" ou sécurité légitime ? On vous explique tout

Par Rédaction 5 min de lecture
Vidéo virale du GSRI à Montpellier : "milice" ou sécurité légitime ? On vous explique tout

Ils sont cagoulés, maintiennent des hommes au sol, et une habitante qui filme se fait escorter hors de la zone. La scène, filmée le 24 février 2026 dans le quartier Aiguelongue à Montpellier, évoque pour certains une opération des forces spéciales américaines.

Pourtant, il s'agit d'agents du GSRI, le Groupement de sûreté résidentielle interbailleurs, une brigade de sécurité privée créée en 2023 pour sécuriser les logements sociaux de la métropole. Depuis sa diffusion sur les réseaux sociaux, la vidéo cumule plus d'un million de vues et enflamme la campagne des élections municipales. Entre accusations de "milice privée" et soutien des habitants, que s'est-il vraiment passé ? On fait le point.

Qu'est-ce que le GSRI, cette brigade qui fait débat ?

Le GSRI (Groupement de sûreté résidentielle interbailleurs) est né d'une promesse de campagne de Michaël Delafosse en 2020. Le maire socialiste de Montpellier souhaitait créer une brigade spécifiquement dédiée à la sécurité des logements sociaux. La promesse s'est concrétisée le 21 octobre 2023 .

Concrètement, le GSRI est constitué en groupement d'intérêt économique (GIE), une structure intermédiaire entre la société et l'association. Il est financé par sept bailleurs sociaux (dont ACM Habitat, SFHE, FDI Habitat) et par la Métropole de Montpellier . Son action est encadrée par plusieurs institutions : l'Agence nationale de contrôle du logement social (Ancols), le Conseil national des activités privées de sécurité (Cnaps) et la préfecture .

La brigade compte une quarantaine d'agents, présents sept jours sur sept, entre 16h et 2h du matin . Leurs missions, détaillées sur le site de la ville de Montpellier, incluent :

  • Maintenir l'autorité des bailleurs sur leur patrimoine en fin de journée

  • Assurer la tranquillité résidentielle des locataires

  • Faire respecter le règlement intérieur des bailleurs

  • Prévenir la délinquance et les occupations illicites (caves, cages d'escalier, parkings)

  • Relever les anomalies techniques des bâtiments

La vidéo qui a mis le feu aux poudres

Le 24 février 2026, dans la résidence ACM Aiguelongue, quartier Montasinos à Montpellier, une équipe du GSRI intervient. La scène est filmée par une habitante et la vidéo est publiée le 27 février sur le réseau social X par le compte "Cerveaux non disponibles", qui se présente comme proposant "les luttes sociales, antiracistes et climatiques via des contenus indépendants et alternatifs" .

Sur les images d'une minute, on voit plusieurs agents, certains le visage masqué par des cagoules, maintenir deux hommes au sol sur un parking. Une agente s'approche de la personne qui filme, se place devant son téléphone et lui demande de quitter les lieux. En sous-titre, le compte publie : "Non, ce n'est pas l'ICE, et nous ne sommes pas aux USA. Cette scène se passe à Montpellier, ou une milice privée terrorise des habitants en toute 'légalité'" .

La vidéo devient virale. En quelques jours, elle cumule plus d'un million de vues et déclenche une tempête politique à quelques semaines du premier tour des élections municipales.

Ce que la vidéo ne montre pas : la version du GSRI

Contacté par plusieurs médias, le GSRI a fourni sa version des faits, qui replace l'intervention dans son contexte. Selon Steve Lefebvre, directeur du groupement, l'opération visait des individus connus pour trafic de stupéfiants dans le quartier .

"L'intervention s'est déroulée dans le strict respect des procédures et avec un usage proportionné des moyens nécessaires afin de garantir la sécurité des agents, des usagers et du site", indique le GSRI dans un communiqué . Le groupement précise que l'opération a débuté par la reconnaissance, dans un groupe d'une dizaine de personnes, de trois individus "connus pour des faits liés au trafic de stupéfiants" .

Avant l'intervention, les agents auraient été insultés et menacés de mort. L'un d'eux a été frappé et se trouve en interruption temporaire de travail (ITT) . Des plaintes ont été déposées. L'intervention a conduit à l'interpellation de deux personnes pour refus d'obtempérer, menaces de mort et violences volontaires .

Steve Lefebvre insiste : "Je rappelle qu'ils ont subi des tirs de mortier, il y a quelques semaines. On dénombre quatre véhicules cramés au sein du GSRI. On nous a suivis parce qu'on gêne les fauteurs de trouble, on gêne les dealers" .

Quant aux agents cagoulés, le directeur explique qu'ils ont le droit de dissimuler leur visage lorsqu'ils sont filmés sans leur consentement, pour leur sécurité personnelle compte tenu "des risques opérationnels auxquels ils sont exposés" . Plusieurs agents auraient déjà été victimes de violences dans des lieux sensibles où ils interviennent .

La police nationale est intervenue sur place en moins d'un quart d'heure et a pris en charge les mis en cause .

La classe politique montpelliéraine s'étrangle

La vidéo tombe en pleine campagne municipale. Les réactions des candidats ne se font pas attendre.

Nathalie Oziol (La France insoumise) est la première à monter au créneau sur X. "Dans quel cadre se fait cette interpellation M. Delafosse ?" interroge-t-elle, avant de consacrer neuf publications au sujet. Elle établit un parallèle avec l'ICE, la police de l'immigration américaine, en parlant de "l'ICE de Montpellier" et rappelle que "l'interpellation est une mission régalienne" .

Jean-Louis Roumégas (Le Printemps montpelliérain, EELV) va plus loin. Le député de l'Hérault et candidat à la mairie demande carrément la dissolution du GSRI dans un communiqué, qualifiant la brigade de "milice privée, installée par la municipalité actuelle, qui patrouille au pied des résidences sociales, usant de méthodes violentes et agissant comme si elle était une force de police" .

"On voit des privés qui font un travail de police, déplore-t-il. Nous proposons qu'il y ait une police municipale de proximité, qui assure une présence humaine, et pas cette dérive vers des services privés. Ça rappelle furieusement ce qu'on peut voir aux États-Unis avec l'ICE et ce qui s'apparente à des milices. En tout cas, c'est une évolution inquiétante dans notre société" .

Isabelle Perrein (sans étiquette) s'interroge également sur le "flou juridique" de ces interventions .

En face, Michaël Delafosse (PS) , le maire sortant, monte au créneau pour défendre sa création. Sur X, il affirme que "cette intervention s'est faite dans le respect du droit suite à des menaces de mort et des violences sur un point de deal connu, sur lequel il faut agir". Il réaffirme son "soutien entier au GSRI qui mène un travail difficile qui déstabilise le narcotrafic. Il dérange ceux qui dégradent avec leur trafic la vie des locataires du parc social, tant mieux" .

Son adjoint à la sécurité, Sébastien Cote, défend le dispositif : "Ce n'est pas une invention sortie de nulle part. Il s'est inspiré de dispositifs qui existent à Paris et à Toulouse. Ses agents assermentés sont en parfaites relations avec la police nationale et la police municipale" .

Quel est le cadre légal exact du GSRI ?

Au cœur de la polémique, une question centrale : ces agents ont-ils le droit d'interpeller des personnes ?

La réponse est oui, mais dans un cadre strict. En mars 2024, douze agents du GSRI ont reçu l'agrément de la préfecture et ont prêté serment devant le tribunal judiciaire de Montpellier . Cette assermentation leur permet de verbaliser.

"Comme les policiers municipaux, les agents du GSRI sont assermentés pour dresser des procès-verbaux en flagrance sur certaines infractions définies en amont dans le parc social dont ils ont la charge. Dans le cadre de leur mission de service public, ils peuvent constater, verbaliser et même interpeller, mais pas enquêter", expliquait en 2024 Fabrice Belargent, alors procureur de la République de Montpellier .

Le GSRI insiste sur le fait qu'il exerce ses missions "dans le strict respect des dispositions du Code de la sécurité intérieure", qui précisent les conditions d'autorisation administrative, les modalités d'exercice et les obligations professionnelles et déontologiques .

Steve Lefebvre, le directeur, ajoute un argument de poids : "Nos agents sont formés par des moniteurs de la police nationale en activité. Ils sont assermentés, c'est un vrai travail avec la police nationale et la préfecture. Ils ont des formations tous les mois, une formation initiale de trois semaines ce que n'ont pas les agences de sécurité normale" .

Les habitants partagés entre soulagement et sentiment de stigmatisation

Au-delà des polémiques politiques, que pensent les premiers concernés, les habitants des quartiers où intervient le GSRI ? Leurs avis sont contrastés.

Certains habitants se sentent stigmatisés, voire harcelés par les agents. Ils considèrent que leur action est utile mais incapable d'enrayer le trafic de drogue .

D'autres, au contraire, saluent l'initiative. Sylvie Guiraud, habitante du quartier Aiguelongue depuis 25 ans, estime que la situation s'est améliorée depuis l'arrivée du GSRI. Pour cette quinquagénaire, les bailleurs sociaux devraient mieux expliquer le rôle des agents aux habitants .

Sur les réseaux sociaux, les avis sont tout aussi tranchés. Sur la page Facebook de l'IF Sécurité, un ancien agent du GSRI témoigne : "Pour y avoir travaillé, c'est la honte de la sécurité privée où la direction ne voit que l'image de la société, ne fait que sanctionner les agents à un point pire que l'école primaire" . Un autre commentaire dénonce "des méthodes pas très déontologiques" .

À l'inverse, Sébastien Cote, l'adjoint à la sécurité, affirme que "les enquêtes auprès des locataires révèlent un taux de satisfaction de plus de 85 %" .

Une polémique qui dépasse Montpellier

L'affaire du GSRI s'inscrit dans un débat plus large sur la place de la sécurité privée dans l'espace public. Le recours à des sociétés de sécurité par des organismes HLM est légal en France, mais ces pratiques font régulièrement débat . Des associations de défense des droits des habitants dénoncent une "privatisation du maintien de l'ordre" dans des quartiers populaires, tandis que les bailleurs invoquent la nécessité de lutter contre les incivilités et les trafics .

Le parallèle avec l'ICE américaine, plusieurs fois évoqué par les opposants, est-il pertinent ? Pour Steve Lefebvre, c'est une comparaison injuste et blessante. "Les mots ont une importance. Que ce soit de l'agent jusqu'à moi-même, on est convaincus de notre mission d'utilité publique" .

L'avenir du GSRI pourrait bien se jouer dans les urnes. Si Jean-Louis Roumégas promet sa dissolution, Michaël Delafosse en a fait l'un des fleurons de son action municipale. Les électeurs montpelliérains trancheront le 15 mars.


Partager :
Mis à jour le

Articles Similaires